Casoual Games · Motzen

Motus : chaque essai en dit beaucoup plus qu’il n’en a l’air

Une lettre bien placée, deux présentes ailleurs, deux absentes. L’essai paraît raté, et il vient peut-être d’éliminer la quasi-totalité des mots que le jeu pouvait choisir.

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Mis à jour en août 2026 · 10 min de lecture

En résumé. Tu proposes des mots, et chaque lettre te répond : bien placée, présente ailleurs, ou absente. La première lettre est donnée. Le vrai plaisir n’est pas de deviner juste du premier coup, mais d’apprendre à lire tout ce qu’un mot faux vient de t’apprendre.

Un mot faux peut être un excellent coup

Dans un jeu de devinettes classique, une mauvaise réponse ne sert souvent à rien. Dans Motus, c’est presque l’inverse : chaque lettre de ton essai reçoit une information, elle est à la bonne place, elle existe ailleurs, ou elle est absente. Et ces informations s’additionnent.

Une lettre absente élimine d’un coup tous les mots qui la contiennent. Une lettre présente ailleurs élimine à la fois ceux qui ne la contiennent pas et ceux qui la placent à cet endroit. Une lettre bien placée fixe définitivement une position. Au bout de cinq lettres, le filtre devient extrêmement sévère.

Un essai n’a pas besoin d’être proche du mot pour être utile. Il doit surtout réduire ce qui reste possible.

La stratégie en trente secondes

Regarde ce que PREND vient réellement d’apprendre

Le mot caché fait cinq lettres et commence par P. Premier essai : PREND. La grille répond que le P est bien placé, que le R et le E sont présents ailleurs, et que le N et le D sont absents. La démonstration ci-dessous compte alors, parmi les mots dans lesquels le jeu peut tirer sa solution, combien restent compatibles avec ces cinq informations.

Chaque case se change d’un clic : bien placée, présente ailleurs, absente. Le compte est recalculé à chaque fois sur les vrais mots du jeu, ce n’est pas une estimation.

PREND n’est pas la solution. Et pourtant, après cette seule ligne, la quasi-totalité des possibilités a disparu. Tu connais une position exacte, deux lettres qui doivent se trouver ailleurs, deux lettres à éliminer complètement, et toutes ces contraintes doivent être vraies en même temps. Le mot caché n’a presque plus d’endroits où se cacher.

Ajoute le deuxième essai, POKER, et il n’en reste presque plus. Aucun des deux n’avait besoin d’être une tentative miraculeuse : ils ont simplement posé assez de contraintes différentes. Le but d’un bon essai n’est pas d’avoir une chance de gagner, c’est d’apprendre quelque chose quelle que soit la réponse.

Les mots affichés ne sont pas des suggestions : ce sont les premiers mots compatibles dans l’ordre alphabétique. La démonstration mesure ce que tu sais, elle ne cherche pas à jouer à ta place, « quel serait le meilleur prochain essai ? » est une autre question.

Lire les trois indices

Bien placée : la lettre est dans le mot, exactement à cette position, tu connais donc la lettre et sa place. Dans Motus, elle s’affiche en rouge et se reporte sur la ligne suivante.

Présente ailleurs : la lettre est dans le mot, mais pas ici. Tu apprends deux choses d’un coup, ce qui est bien plus qu’un simple « la lettre existe ». Elle apparaît dans un rond jaune.

Absente : dans le cas simple, la lettre n’est pas dans le mot. Avec les lettres doublées, il faut être plus précis, et c’est là que tout le monde se fait avoir.

Le piège des lettres en double

Supposons que le mot caché ne contienne qu’un seul A, et que tu proposes un mot qui en contient deux. Le jeu ne peut pas répondre « présent » aux deux sous prétexte qu’il existe un A dans la solution : une occurrence ne peut servir qu’une fois.

Motzen évalue donc d’abord les lettres bien placées, puis distribue aux autres les occurrences encore disponibles. Quand elles sont épuisées, les suivantes deviennent absentes. C’est pour cela qu’on peut voir dans une même ligne un A en rouge ou en jaune, et un autre A sans indice, ce qui ne veut pas dire « A n’existe pas », mais « il n’y a pas de A supplémentaire disponible pour cette case ».

Ton premier mot n’a pas besoin d’être génial. Il doit être rentable.

Puisque la première lettre est imposée, il n’existe pas de mot d’ouverture universel à réciter à chaque partie, et c’est plutôt une bonne chose.

  1. Cherche un mot qui teste beaucoup de lettres différentes. Cinq lettres distinctes explorent cinq questions à la fois ; un mot à répétitions en explore moins. En français, les voyelles et des consonnes comme R, S, N, T ou L rapportent souvent gros.
  2. À partir du deuxième essai, relis la grille comme une liste de contraintes. Une lettre bien placée reste où elle est ; une lettre présente ailleurs doit réapparaître, mais pas dans la case qui l’a refusée ; une lettre éliminée ne devrait plus consommer de place.
  3. Demande-toi ce que ton mot t’apprendra s’il est faux, plutôt que s’il pourrait être le bon. C’est presque toujours la meilleure question.

Parfois, il vaut mieux sonder que tenter

Imagine qu’il ne reste que quelques possibilités qui se ressemblent beaucoup. Les essayer l’une après l’autre peut coûter plusieurs tentatives. Il est parfois plus efficace de jouer volontairement un mot qui ne peut pas être la solution, mais qui contient les lettres capables de départager plusieurs candidats d’un coup : un mot-sonde.

Tu sacrifies une chance immédiate de gagner pour obtenir davantage d’information. Motzen autorise cette stratégie, les lettres déjà assombries sur le clavier restent jouables : un essai n’est pas forcément une tentative sérieuse de réponse, ça peut aussi être une expérience.

Motus n’est pas Wordle avec d’autres couleurs

Les deux jeux partagent le principe : proposer des mots, recevoir des indices lettre par lettre. Mais le rythme diffère. Dans Motus, la première lettre est donnée, si bien que chaque partie commence par une contrainte différente. La longueur varie aussi, de cinq à neuf lettres ici, alors que Wordle en fixe cinq.

Et les indices ont leur vocabulaire visuel historique : rouge pour la lettre bien placée, rond jaune pour la lettre présente ailleurs. Wordle a popularisé le vert et le jaune, mais le principe de Motus lui est largement antérieur : l’émission française, adaptée du format américain Lingo, a été diffusée à partir de 1990, pendant près de trente ans.

Pour les curieux : le son et les couleurs

Le son : plus la nouvelle est bonne, plus le bip est aigu

Dans l’émission, les couleurs ne sont pas seules à informer. Chaque lettre révélée s’accompagne d’un bip, et les trois bips ne diffèrent que par leur hauteur : grave pour une lettre absente, médium pour une lettre présente ailleurs, aigu pour une lettre bien placée. Ce codage est si net qu’on peut suivre une manche à l’oreille, sans regarder l’écran.

Motzen reprend cette grammaire, synthétisée dans le navigateur, sans le moindre fichier audio : la même voix, une onde carrée adoucie, pour les trois bips, seule la hauteur change, et une porte de 220 millisecondes qui donne à la révélation son rythme. Le mot trouvé a son jingle : une montée rapide, une note toutes les 53 millisecondes, qui se résout sur la hauteur de la lettre juste. Et comme rien n’est chargé, le son marche hors ligne comme le reste.

Pourquoi la grille reste lisible pour tout le monde

Le style par défaut reprend les tons du plateau : un bleu moyen pour les cases, le rouge doux de la lettre bien placée, le jaune d’or du rond. Ils ont été relevés sur une capture de l’émission, puis ajustés au strict minimum pour rester lisibles sur un écran tenu à trente centimètres, une grille de télévision se regarde de plus loin.

Surtout, les trois états ne reposent jamais sur la seule couleur : une lettre bien placée remplit toute la case, une lettre présente ailleurs est posée sur un disque, une lettre absente reste sur la case nue. Un joueur daltonien distingue les trois par la forme, et les sept styles de couleurs ont chacun été vérifiés pour que l’écart de clarté entre les états suffise même en niveaux de gris.

Les dictionnaires

Chaque langue a deux listes. La première, large, contient tout ce que tu as le droit d’écrire, plus de cent trente mille mots en français. Un mot rare mais réel n’est jamais refusé. La seconde, resserrée, contient ce que le jeu peut te donner à trouver : des mots courants, choisis parmi les plus fréquents à l’écrit et à l’oral. Perdre sur un mot qu’on n’a jamais lu n’est pas difficile, c’est injuste.

C’est cette seconde liste que la démonstration plus haut interroge, d’où la formule « les mots dans lesquels le jeu tire sa solution » plutôt que « le dictionnaire ». Ni noms propres, ni mots composés, ni abréviations. Les accents ne se tapent pas : le dictionnaire est normalisé, et le mot s’affiche accentué une fois trouvé.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre Motus et Wordle ?

Dans Motus la première lettre est donnée, et la longueur du mot peut varier, de cinq à neuf lettres ici. Wordle fixe cinq lettres et ne donne aucune lettre de départ. Les couleurs diffèrent aussi : rouge et rond jaune pour Motus, vert et jaune pour Wordle. Le principe de Motus est largement antérieur : l’émission date de 1990.

Pourquoi une lettre apparaît-elle parfois sans indice alors qu’elle est dans le mot ?

Parce qu’une occurrence de la solution ne peut servir qu’une fois. Si le mot caché contient un seul A et que ton essai en contient deux, un seul des deux reçoit un indice positif. Le second ne signifie pas « A n’existe pas », mais « il n’y a pas d’autre A disponible pour cette case ».

Un essai raté sert-il vraiment à quelque chose ?

Oui, et c’est le cœur du jeu. Un essai qui ne trouve pas le mot élimine malgré tout l’immense majorité des possibilités restantes : la démonstration plus haut le compte sur les vrais mots du jeu, à chaque changement d’indice.

Peut-on jouer un mot dont on sait qu’il est faux ?

Oui. Les lettres déjà assombries sur le clavier restent jouables, et c’est parfois la meilleure stratégie : un mot-sonde qui ne peut pas gagner mais qui départage plusieurs candidats d’un seul coup.

Faut-il taper les accents ?

Non. Le dictionnaire est normalisé sans accents, et le mot s’affiche accentué une fois trouvé.

Le jeu accepte-t-il les mots rares ?

Pour tes essais, oui : la liste des mots autorisés est très large. En revanche le jeu ne choisit ses solutions que parmi des mots courants, perdre sur un mot qu’on n’a jamais lu ne rend pas la partie plus difficile, seulement injuste.

Jouer à Motzen

Cinq à neuf lettres, la première offerte, six essais. Gratuit, sans compte, hors ligne une fois chargé.

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